Vous venez de tomber sur une annonce mentionnant une Honda CL200 Scrambler et vous cherchez à comprendre de quoi il s’agit vraiment ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul dans ce cas : ce petit bicylindre japonais reste assez confidentiel, même parmi les amateurs de motos anciennes les plus aguerris. Et pourtant, derrière ce nom un peu austère se cache une histoire courte, presque anecdotique, mais qui a fini par faire de cette machine un objet convoité par les collectionneurs. Dans les lignes qui suivent, je vous emmène à la découverte de la Honda CL200 Scrambler : son origine, sa fiche technique, ce qui la distingue de ses cousines, le budget à prévoir aujourd’hui et quelques conseils si vous envisagez de la restaurer.
Retrouvez également nos informations sur la HONDA CL125.
Voici, avant d’entrer dans le détail, l’essentiel de sa fiche technique :
| Caractéristique | Détail |
| Moteur | Bicylindre parallèle 4 temps, distribution par arbre à cames en tête |
| Cylindrée | 198 cm³ |
| Alimentation | Deux carburateurs |
| Boîte de vitesses | 5 rapports, transmission finale par chaîne |
| Poids | Moins de 140 kg à sec (annoncé sous les 300 livres) |
| Teinte disponible | Une seule couleur, bleu Candy Riviera avec liserés blancs |
| Année(s) de production | 1974 uniquement |
| Modèle apparenté | Honda CB200 (base moteur et cadre) |
| Particularité visuelle | Échappement remonté, double sortie chromée regroupée à gauche |
Une lignée entamée en 1965 et refermée un an plus tard
Pour comprendre la CL200, il faut remonter au milieu des années 1960. Honda lance alors sa gamme CL, des déclinaisons de ses modèles CB habillées en street scrambler : selle plus haute, garde au sol généreuse, échappement remonté et guidon large. La CL160 ouvre le bal en 1965, suivie par la CL175 quelques années plus tard. Ces machines cherchent à séduire un public qui roule surtout sur bitume, mais qui aime l’idée de pouvoir s’aventurer, à l’occasion, sur un chemin de terre ou une piste caillouteuse.
La CL200 arrive tardivement dans cette histoire, en 1974, et referme la parenthèse des scramblers Honda de petite cylindrée. Elle ne connaît qu’un seul millésime : produite uniquement cette année-là, elle cède ensuite la place à des modèles plus gros comme la CL350 puis la CL360. Ce très court passage sur les chaînes de montage explique en grande partie sa rareté actuelle.
Sous le réservoir, un bicylindre simple et increvable
La mécanique de la CL200 ne cherche pas à impressionner sur le papier, et c’est justement ce qui fait son charme. On trouve un bicylindre parallèle quatre temps de 198 cm³, à distribution par arbre à cames en tête, alimenté par une paire de carburateurs et associé à une boîte cinq rapports. La transmission finale se fait par chaîne, comme sur la quasi-totalité des routières de l’époque.
Cette base mécanique, la CL200 la partage presque intégralement avec la CB200, sa version routière. Le bloc moteur, la boîte et une bonne partie du cadre proviennent directement de cette dernière. Honda a simplement ajusté quelques réglages et modifié l’échappement pour donner à la CL200 une allure et un comportement légèrement différents. Rien de révolutionnaire, donc, mais un ensemble fiable, facile à entretenir, et suffisamment léger pour rester agréable au quotidien.
Ce qui différencie la CL200 de sa cousine routière, la CB200
- L’échappement : sur la CB200, les deux pots sortent sous la boîte de vitesses, un de chaque côté. Sur la CL200, ils remontent tous les deux du même côté, à gauche, surplombant la boîte pour limiter les risques de dommages hors bitume.
- Le revêtement chromé : le pot d’échappement et son écran thermique protecteur affichent une finition chromée du plus bel effet, typique des scramblers de l’époque.
- Le réservoir : plus petit que celui de la CB200, il donne à la CL200 une silhouette plus fine et plus nerveuse.
- La selle : légèrement plus longue, elle offre un peu plus de confort et facilite les changements de position.
- Le guidon : renforcé par une barre transversale, façon guidon tout-terrain, il change nettement la position de conduite.
- La teinte : une seule couleur a été proposée, le bleu Candy Riviera, avec des liserés blancs sur le réservoir.
Sur la route et hors des sentiers battus
J’ai eu l’occasion, il y a quelques années, d’essayer une CL200 appartenant à un collectionneur croisé lors d’un rassemblement de motos anciennes dans le Doubs. Ma première impression a été la légèreté : moins de 140 kilos à sec, une position naturelle, un moteur qui monte dans les tours sans forcer. Rien à voir avec la lourdeur qu’on associe parfois, à tort, aux motos de cette génération.
Sur le bitume, la CL200 se montre docile et prévisible, sans surprise. Sur un chemin stabilisé, en revanche, elle se transforme complètement : elle glisse, s’amuse, invite à jouer avec l’arrière comme le ferait un engin tout-terrain plus moderne. Les propriétaires qui la connaissent bien s’accordent d’ailleurs à dire qu’elle n’excelle dans aucun domaine en particulier, ni sur route ni en tout-terrain, mais que cette polyvalence modeste fait justement tout son intérêt : on prend simplement du plaisir à la piloter, quel que soit le revêtement.
Combien débourser pour une CL200 aujourd’hui, et comment la trouver
- Fixez-vous un budget large : les cotes des scramblers Honda anciens varient énormément selon l’état général, la présence de pièces d’origine et la région de vente. Mieux vaut prévoir une marge plutôt que de se fier à un seul chiffre trouvé en ligne.
- Vérifiez le numéro de série : les CL200 authentiques portent une numérotation qui commence par un préfixe spécifique. Cela permet d’écarter les modèles maquillés à partir d’une simple CB200.
- Inspectez le réservoir et la ligne d’échappement : ce sont les deux pièces les plus difficiles à retrouver à l’identique en cas de corrosion avancée.
- Privilégiez les réseaux spécialisés : forums de collectionneurs, clubs de motos anciennes et petites annonces dédiées au vintage japonais restent les canaux les plus fiables pour dénicher un exemplaire correct.
- N’oubliez pas les frais annexes : la plupart des exemplaires disponibles en Europe proviennent des États-Unis, ce qui implique transport, dédouanement et remise en conformité.
Redonner vie à une CL200 : par où commencer
Un ami mécanicien, passionné de motos japonaises des seventies, m’a raconté sa propre mésaventure avec une CL200 dénichée dans une grange du Kentucky, rachetée à distance sans l’avoir vue tourner. Une fois la moto arrivée en France, il a découvert que la durite d’admission d’origine tombait littéralement en morceaux, ce qui l’a obligé à passer sur des filtres à air individuels et à reprendre tout le réglage de carburation. Un détail en apparence anodin, mais qui a suffi à retarder son projet de plusieurs semaines.
- Commencez par le circuit d’essence : sur une moto restée immobile longtemps, le réservoir est souvent piqué par la rouille, ce qui finit par encrasser le robinet et les carburateurs.
- Contrôlez systématiquement les durites et manchons en caoutchouc : ce sont les premières pièces à se dégrader avec le temps, bien avant le moteur lui-même.
- Reprenez le réglage de carburation après toute modification de l’admission : un changement, même mineur, sur le filtre à air déséquilibre immédiatement le mélange air essence.
- Faites tester la batterie et le circuit électrique avant toute chose : une CL200 qui démarre mal à cause d’un souci électrique peut faire croire, à tort, à une panne moteur plus grave.
- Documentez chaque étape : sur un modèle aussi rare, la traçabilité des pièces remplacées influence directement la valeur de revente future.
Les chiffres qui racontent sa rareté et sa filiation avec le scrambler moderne
Contrairement à d’autres modèles Honda de la même époque, la CL200 n’a jamais bénéficié d’un chiffre de production officiellement communiqué et largement diffusé : elle reste, à ce jour, l’un des scramblers Honda les plus difficiles à quantifier précisément. Ce qui est acquis, en revanche, c’est la durée de sa carrière commerciale, un seul exercice en 1974, contre quatre ans pour la CB200 (1973 à 1976) et plusieurs années pour sa devancière la CL175. Cette fenêtre de production extrêmement courte, associée à un poids annoncé sous la barre des 140 kilos et à une cylindrée de 198 cm³, en fait mécaniquement l’un des scramblers Honda les plus légers de toute la lignée CL.
Le nom CL a ressuscité chez Honda en 2023, avec l’arrivée en France de la CL500, un bicylindre calé à 180 degrés de 471 cm³ développant 46,6 chevaux à 8 500 tr/min pour un couple maximal de 43,4 Nm à 6 250 tr/min. Le constructeur annonce un poids tous pleins faits de 192 kg et une hauteur de selle de 790 mm, pour un tarif de base fixé à 6 199 euros sur le marché français en 2026. Autant de chiffres qui permettent de mesurer, très concrètement, l’écart entre le petit scrambler artisanal des années 1970 et son héritier contemporain, bien plus puissant mais aussi nettement plus lourd et plus onéreux.
Une vidéo pour l’entendre tourner et voir la moto en mouvement
Rien ne vaut le son d’un bicylindre de cette génération pour se faire une idée précise du caractère de la moto. Vous pouvez consulter une sélection de vidéos consacrées à la Honda CL200 Scrambler à cette adresse :
Vous y trouverez des démarrages, des essais routiers filmés par des propriétaires et quelques projets de restauration documentés étape par étape.
Foire aux questions
La Honda CL200 Scrambler est-elle une bonne première moto ancienne ?
Elle convient plutôt à quelqu’un qui a déjà une base en mécanique ou qui est prêt à s’entourer d’un professionnel, car les pièces détachées ne se trouvent pas aussi facilement que sur des modèles plus répandus comme la CB200 ou la CL175.
Combien de temps la CL200 a-t-elle été produite ?
Un seul exercice, en 1974. Aucun autre millésime n’a suivi.
Quelle est la différence principale avec la CB200 ?
La position de l’échappement, remonté et regroupé du côté gauche sur la CL200, ainsi que quelques éléments de style comme le réservoir, la selle et le guidon.
Peut-on encore rouler au quotidien avec une CL200 ?
Techniquement oui, à condition d’accepter les contraintes d’une moto vieille de plus de cinquante ans : entretien régulier, disponibilité limitée des pièces, et prudence sur voie rapide où sa puissance reste modeste.
Existe-t-il un lien entre la CL200 et la CL500 actuelle ?
Un lien de nom et d’esprit plutôt qu’une filiation technique directe. Les deux partagent la même vocation de scrambler polyvalent, mais plus de cinquante ans séparent leur conception mécanique.
Pourquoi cette petite Honda mérite qu’on s’y attarde
Au fond, la Honda CL200 Scrambler n’a rien d’une moto exceptionnelle sur le papier : une cylindrée modeste, une seule année de production, une mécanique empruntée à sa cousine routière. C’est justement cette simplicité assumée, couplée à sa rareté, qui la rend attachante aux yeux de ceux qui prennent le temps de s’y intéresser. Si vous avez la chance d’en croiser une en état correct, ne vous fiez pas à son gabarit modeste : vous tenez entre les mains un morceau assez rare de l’histoire Honda, et une moto qui continue, cinquante ans après sa sortie d’usine, à faire sourire ceux qui la pilotent.